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Grippe aviaire, le partage des connaissances s’organise

L’information reste bien évidemment au coeur de la lutte contre l’épidémie. Des voix s’élèvent aussi pour réclamer un meilleur partage de données, au-delà du réseau de laboratoires, souligne l’Organisation mondiale de la santé.

(mercredi 4 octobre 2006)

Face au risque d’épidémie mondiale et aux dégâts que le virus H5N1 a déjà faits dans les pays touchés, les données scientifiques doivent circuler le plus vite possible pour lutter contre ce virus, estiment des chercheurs et des responsables de santé publique. Plus de 70 d’entre eux ont décidé de créer un consortium international, le GISAID, pour organiser le partage des séquences génétiques des différentes souches virales analysées à travers le monde.

“Le soutien total de la communauté scientifique internationale est de toute urgence nécessaire pour mieux comprendre la dissémination et l’évolution du virus”, écrivent les créateurs du Global Initiative on Sharing Avian Influenza Data dans la revue Nature publiée récemment. Parmi les principaux signataires figurent Ilaria Capua, du laboratoire de virologie de Padoue, en Italie, et responsable du réseau de surveillance du H5N1 monté par la FAO et l’OIE.

En mars dernier Ilaria Capua avait appelé ses collègues à partager leurs données. Elle-même avait choisi de diffuser ses travaux sur la banque de données ouverte GenBank plutôt que sur le réseau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Progrès réalisés

Cette organisation onusienne ne peut diffuser les données concernant les souches virales que si le pays d’origine donne son accord. Des progrès ont été réalisés ces derniers mois. L’Indonésie a autorisé il y a trois semaines le partage des données concernant les souches du H5N1 en circulation sur son territoire.

Nancy Cox, directrice du département grippe aviaire aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d’Atlanta, aux Etats-Unis, est également impliquée dans la création du GISAID. Les CDC ont d’ailleurs annoncé qu’ils allaient mettre en accès libre les séquences génétiques de plus de 650 virus de la grippe isolés sur le territoire américain.

Les scientifiques collaborant avec le GISAID seront invités à partager leurs séquences génétiques et à publier en collaboration avec d’autres chercheurs. Six mois après environ, les analyses seront déposées sur les trois banques de données publiques (GenBank, DDBJ, EMBL). Les initiateurs du consortium espèrent réduire ce délai avec l’expérience.

Post-Scriptum

Une enzyme qui se distingue chez le H5N1

■ Nous avons eu de la chance que les traitements contre les virus grippaux - le Tamiflu et le Relenza- soient efficaces contre le virus H5N1 de la grippe aviaire. Une nouvelle étude publiée en ligne par la revue Nature montre en effet que la cible de ces médicaments, le site actif de l’enzyme neuraminidase (N), n’est pas la même chez tous les virus grippaux. Ces travaux offrent par ailleurs une nouvelle possibilité pour lutter contre l’infection par le H5N1. La neuraminidase (N) et l’hémagglutinine (H) sont deux enzymes présentes à la surface des virus grippaux. Chez les virus du groupe A, il existe 16 formes d’hémagglutinine et 9 formes de neuraminidase. Cette dernière permet au virus de quitter une cellule infectée pour attaquer une autre cellule. Les traitements visent donc à bloquer la neuraminidase pour limiter l’infection. Ces inhibiteurs, comme le Tamiflu (oseltamivir), ont été développés à partir de la structure de la N9 et de la N2. Comme ils agissent contre d’autre types de neuraminidases, les scientifiques pensaient que la zone de l’enzyme visée par le traitement était identique pour toutes. Les travaux de l’équipe de John Skehel (National Institute for Medical Research, Londres) révèlent que la N1, ainsi que la N4 et la N8, ont une structure différente. Leur particularité réside dans un groupe de 150 acides aminés qui permettent d’ouvrir une petite cavité sur le site actif de l’enzyme. Leur structure en 3D est différente de celle étudiée chez la N2 et la N9. Les chercheurs supposent que le rôle joué par d’autres enzymes, situées en dehors de ce site actif, ont quand même permis aux inhibiteurs d’être efficaces. Ces résultats permettent de mieux connaître le virus H5N1 et ouvrent la possibilité de concevoir de nouveaux inhibiteurs de la neuraminidase, au cas où les résistances aux traitements déjà utilisés se mettaient à progresser très rapidement.

 

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